Jean-Luc Gibelin : « la Région veut qu’il y ait des trains dans les gares »

Jean-Luc Gibelin : « la Région veut qu’il y ait des trains dans les gares »

LGV Nîmes-Montpellier : « la Région veut qu’il y ait des trains dans les gares »

Recueilli par JEAN-PIERRE SOUCHE

 

Mercredi 9 novembre, le président de Montpellier Métropole Philippe Saurel a déploré le gel du financement régional sur les nouvelles gares TGV du contournement Nîmes-Montpellier à grande vitesse et parlé de « gesticulation politique », que répondez-vous ?
Dans ce qu’on appelle contournement Nîmes-Montpellier, il y a en fait deux choses : la nouvelle voie et deux gares nouvelles. D’abord, j’insiste sur l’utilité de la nouvelle voie à grande vitesse Nîmes-Montpellier qui recevra le fret et remédiera à des problèmes très importants : les nuisances sonores et les risques sur la ligne actuelle.

D’ores et déjà, grâce à la pression de la Région sur SNCF Réseau, les tarifs de péages sur la voie nouvelle ont été alignés à ceux de la voie actuelle. Ainsi 30 des 60 trains de fret qui circulent tous les jours sur la voie actuelle vont prendre le contournement d’ici un an. À terme, ce sont 50 à 55 trains de fret qui emprunteront la nouvelle voie. La Région n’a donc pas mis de l’argent public pour rien.

« Ma position sur la gare de Manduel n’est pas isolée »

Le reproche de Philippe Saurel concerne le gel du financement régional sur les nouvelles gares à Montpellier et Nîmes… 
Faut-il des gares nouvelles ? Il n’est pas interdit de penser que oui. Mais la Région exige qu’il y ait des trains dans ces gares et qu’elles soient connectées au réseau actuel, ce n’est pas le cas. Il a fallu quatre mois pour que SNCF Réseau nous apprenne que pendant 18 mois il n’y aura que trois circulations à Montpellier La Mogère et que même avec Manduel, seulement la moitié des TGV actuels emprunteront la nouvelle ligne.

N’est-il pas choquant d’ouvrir une gare de voyageurs sans train ? La Région doit-elle payer les yeux fermés alors que la situation n’est pas acceptable ? En plus, l’argument de départ de la SNCF était la saturation des gares actuelles. Or la Région a interrogé l’observatoire de la saturation et il apparaît clairement que les deux gares ne sont pas saturées. À Montpellier Saint-Roch, seul le quai A poserait quelques problèmes.

La présidente de Région Carole Delga semble jouer le rapport de force avec SNCF Réseau pour obtenir davantage sur le développement des TER alors que vous paraissez plutôt favorable à l’abandon de ces nouvelles gares. Y a-t-il divergence entre vous ?
Vous avez noté que je n’appartiens pas à la même organisation politique que Carole Delga. Nous avons des appréciations différentes et on ne s’en cache pas. Mais nous ferons les choix ensemble et nous sommes totalement en phase sur la posture prise. Je suis d’accord sur la suspension des engagements financiers de la Région pour la gare de La Mogère car ce qu’annonce SNCF Réseau ne correspond pas aux engagements pris.

Et sur Manduel ?
Il y a une différence majeure entre la gare de Montpellier et celle de Manduel. Celle de Montpellier est basée sur un partenariat public-privé (PPP). L’entreprise chargée de réaliser cette gare à un objectif : la livrer au printemps 2018 afin de toucher ensuite les loyers contractuels. Dès 2018, SNCF Réseau devra payer ces loyers, hélas ce n’est pas le premier PPP qui sera catastrophique pour les finances publiques.

Pour Manduel, il n’y a pas de partenariat avec le privé, or la Région estime que ces gares nouvelles ne sont pertinentes que si elles sont correctement desservies et connectées ce qui ne sera pas le cas de Manduel avant 2023. Voilà pourquoi nous demandons à SNCF Réseau un chiffrage précis de l’ensemble des coûts pour réaliser, desservir et connecter Manduel et y compris le coût des TER supplémentaires que devra supporter la Région. Nous voulons aussi un comparatif avec le coût de la réalisation d’un embranchement à Saint-Brès, qui serait possible d’ici 2025. Je constate que ma position sur Manduel n’est pas isolée. L’ancien président du conseil général du Gard Jean Denat a la même.

Nîmes Métropole a lancé un projet économique autour de la gare, en tenez-vous compte ?
Nîmes Métropole a pu faire ce choix, mais que la Région participe au financement d’une gare dont la priorité n’est pas le réseau ferré mais le développement urbain mérite quand même qu’on en discute. De tout ça, je retiens qu’il est important que tous les avis puissent être mis en avant.

In fine, la Région ne va-t-elle pas lâcher sur Manduel pour obtenir, ici, la réouverture de la rive droite du Rhône et d’Alès-Bessèges ?
Non, on ne lie pas une négociation et l’autre. Sur le TER, on peut avoir du gagnant-gagnant avec la SNCF car la Région s’engage à ne pas la mettre en concurrence contrairement à Paca ou Auvergne. Nous travaillerons avec elle sur le renouvellement de la convention TER qui nous lie et la SNCF a besoin que le TER se développe si elle veut atteindre son objectif national de 7 % d’usagers en plus en 2022.

La synthèse des États généraux du rail et les choix de la Région devraient être rendus publics le 14 décembre à Montpellier et Toulouse

Article en ligne sur le site de Midi Libre .

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