« L’histoire des Harkis doit être transmise à la jeunesse. » Fatma Adda

« L’histoire des Harkis doit être transmise à la jeunesse. » Fatma Adda

Fatma Adda, vous étiez présente le 25 septembre à Mirande, dans le Gers, pour assister à la pose d’une plaque en mémoire des Harkis. Pourquoi Mirande ? 

Dans le contexte de la fin de la guerre d’Algérie, 69 hameaux de forestage furent construits en France pour accueillir les Harkis (terme générique pour désigner les auxiliaires de la guerre d’Algérie) et délester les camps de transit  de Rivesaltes et de Bourg Lastic pour ne citer que ces deux lieux. Un seul hameau de forestage gersois fut implanté à Mirande, choisie pour sa proximité avec les forêts domaniales, gérées par l’ONF, de Berdoues et d’Artiguedieu qui employèrent les Harkis comme ouvriers forestiers. Ainsi 26 familles de Harkis, soit 144 personnes originaires pour la plupart de Médéa arrivèrent le 10 octobre 1962, à Mirande. Elles y restèrent jusqu’en 1975, pour les dernières. Les Harkis furent contraints de quitter Mirande pour la Corse, seules 5 familles demeurèrent dans le Gers. Les familles de Harkis avaient connu le traumatisme de l’exil. Elles le connaîtront alors à nouveau.

– Avez-vous une relation particulière avec les Harkis, et avec ce lieu, le hameau de forestage? 

Je suis petite fille, fille et nièce de Harkis. Née à Mirande, j’ai passée mon enfance dans ce hameau de forestage construit en 1962-1963 par les Harkis après avoir passé un hiver rigoureux sous des tentes fournies par l’Armée. Situé sur une voie ferré désaffecté, le hameau comprend une vingtaine de maisons de fortune sans douche, faite  en ciment et couverte d’une toiture en tôle. Les conditions de vie étaient dures. En 1975, le hameau est détruit.

 – Les Harkis subissent une double problématique à la fois des exilés, des immigrés.  En tant qu’élue et citoyenne, quelle importance revêt pour vous cette célébration ? 

L’œuvre de reconnaissance a commencé en 2003 avec la mise en place d’une journée nationale d’hommage aux harkis. Elle se poursuit avec l’application du plan national d’actions mémorielles et de réparation du Président François Hollande en 2014. La nation doit honorer celles et ceux qui l’ont servi au prix de leur vie dans les départements français, sans attendre d’elle aucun retour. Il est regrettable que cette reconnaissance ait été tardive privant de nombreux harkis disparus trop tôt d’un hommage qu’ils étaient en droit d’attendre.

– Cet hommage est rendu conjointement par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) et l’Office national des forêts (ONF). Il s’agit là de rappeler le sacrifice et le travail réalisé par ces familles en France ?

Employés par l’ONF (initialement administration des eaux et forêts) les Harkis effectuèrent des travaux de plantation, de débroussaillement, de regarnis de plantations, d’incinération, de dépressage des pins, d’extraction de souches pour l’ouverture des chemins…Ils ont contribué grandement à l’amélioration du patrimoine forestier. Ce qui leur vaut cet hommage unanime.

Fatma Adda (EELV) est première vice-présidente de la Commission Aménagement du territoire, TIC et politiques contractuelles

Propos recueillis par Nouveau Monde en Commun

Publier un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *